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Sortie à Drancy et ses annexes le 27 mars 2014

mardi 1er avril 2014 par CDI

Regarde, mon petit, les nuages qui filent libres dans le ciel. Ils vont si vite, poussés par le vent… Ils filent vers le sud, à toute allure, pendant que tu serres ton manteau contre toi, transi que tu es. Regarde, mon petit, regarde le ciel plutôt que tes chaussures engluées dans cette noirâtre bouillie de mâchefer. Peut-être oublieras-tu un instant où tu te trouves.

Il a serré un peu plus fort la main de son fils, silencieux. Les lèvres restées closes. Que pouvait-il dire à l’enfant qui eut pris un sens.

Il regarde son fils, qui peine à marcher, frissonnant, affamé. Il regarde son fils, les larmes lui montent aux yeux, rien ne peut effacer la tache jaune qui seule reste visible sur le manteau fuligineux du gamin, dans la brume de la douleur.

Il se détourne, le regard absent, déjà plus tout à fait un homme. C’en est trop. Qui pourrait supporter cela ?

Ils sont des milliers, à attendre devant les baraquements qu’on leur permette d’aller chercher leur soupe. Tous sont terrifiés, usés, presque vaincus déjà dans leur dignité. Ils sont des milliers parqués ici, à attendre qu’on les entasse à coups de crosses dans des wagons plombés.

C’est bien mon garçon, avance, redresse la tête. Tu es un homme, pas un animal. Sois fort.

Il voudrait tant lui dire qu’il est fier de lui, de son courage d’enfant. Mais ses lèvres restent closes. Rien n’aurait de sens.

Qu’avons-nous fait pour nous retrouver ici, dans cet endroit sinistre qui brise les volontés ? Où nous emmène-t-on dans ces wagons sans fenêtres sans banquettes sans rien qui partent vers l’Est ?

Travaillerons – nous et les enfants, qu’adviendra t-il des enfants ?

L’enfant trébuche. Il le retient, serre toujours la main du petit.

Les nuages passent doucement au dessus du camp, suivis au loin par un train qui approche lentement.

Demain, mais il l’ignore encore, sa famille et lui monteront dans ce train.

Demain, ils quitteront le camp. Demain, ils quitteront Drancy.

Ce 27 mars, les membres du club « N’oublie pas » ont également gardé le silence. Tous ont le même regard, horrifié et muet, de ceux qui réalisent soudain. Oh, ils avaient vu les images d’archives, les photos en noir et blanc, les images qui racontaient l’histoire de la Shoah.

Mais ce jour-là le ciel n’aurait pas du être bleu. L’herbe et le béton auraient du s’effacer. Aucune couleur n’aurait dû exister, alors qu’ils écoutaient les deux conférencières du Mémorial de la Shoah de Drancy, ouvert depuis 2012, leur raconter ce qui s’était passé ici. Ils en avaient entendu parler, mais l’inconcevable est devenu possible, l’impensable est désormais réalité.

Ils sont à la Cité de la Muette, l’ancien camp de transit, où tant de Juifs furent parqués, de 1941 à 1944, avant leur déportation vers des camps de concentration et de mise à mort. Ils n’étaient là que dans un but, atteindre une autre destination, de celles qui portèrent entre autres le nom le plus terrible : Auschwitz-Birkenau.

Que dire ? Que penser quand …
Tous sont émus, bouleversés. Les lèvres sont closes. Quels mots pourraient retranscrire leur émotion ?... Juste des regards. Saisis, graves.

Le groupe est divisé en deux. Les conférencières nous transportent à l’aide de documentaires, de photos, de lettres, de leur discours, dans un autre monde, celui de l’inimaginable. C’est à coup de rafles, de lois antijuives, d’étoiles jaunes, de collaboration que nous remontons l’histoire, avant de nous retrouver, au milieu de cette cité aujourd’hui pleine de vie,devant ce trop célèbre wagon, le wagon à bestiaux, symbole de la Solution finale, de la haine, de l’antisémitisme.

Des visages d’enfants, de familles, de jeunes gens défilent devant nos yeux. Et, nous prenons lentement conscience de ce qui s’est passé ici, à une quinzaine de kilomètres de Paris, en Seine-Saint-Denis.

L’après-midi, direction le Faubourg Saint-Martin, en plein 10e arrondissement où un ancien immeuble, nommé le Lévitan, a abrité entre 1943 et 1944 un camp de travail où les détenus, choisis parmi les internés du camp de Drancy, mais eux aussi promis à la déportation étaient contraints de trier, emballer les meubles et les objets pillés dans les appartements des familles juives de Paris, eux aussi promis à la déportation.

Puis, le quartier de la Gare d’Austerlitz où se situait également une autre annexe du camp de transit de Drancy.

Ce qui est dur, pour les membres, c’est de voir que ces bâtiments portent peu de traces de cette sombre époque, aucune des déportés et le visage de ces Juifs que nous montre notre conférencière, qui humanise et rapproche de nous cette tragédie.
Aucun membre du club n’oubliera cette sortie, chacun prenant conscience de l’importance et des enjeux du devoir de mémoire.

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